La semaine dernière, se tenait Connect Lille, événement qui regroupait 400 décideurs du retail et de son écosystème. Deux enseignements clés : les dirigeants sont convaincus que la transformation qui s’annonce est d’une profondeur supérieure à tout ce que le retail moderne a déjà traversé ; et ils sont bien décidés à relever le challenge. Pas de déprime à Connect Lille, mais au contraire une énergie et une envie d’avancer enthousiasmantes.
Le premier défi est de ne pas sous-estimer l’enjeu. Les feuilles de route des retailers tendent à se ressembler : mesures strictes de contrôle des coûts ; portefeuille d’actions RSE ; accélération digitale et data. C’est utile. Mais ça ne va pas suffire au regard du monde qui vient.
Contrôler ses coûts… évidemment. Mais êtes-vous prêts à gagner de l’argent malgré des volumes en baisse, des coûts en hausse et des clients hyper-sensibles aux prix ? Nous savons tous qu’il y a trop de mètres carrés en France : votre schéma d’expansion planifie-t-il les fermetures autant que les créations ? Saurez-vous financer vos capex de transformation malgré des taux d’intérêts qui s’envolent ? Contrôler ses coûts à modèle constant, c’est se cacher derrière son petit doigt.
Déployer une stratégie RSE ambitieuse… évidemment. Nous aussi faisons des matrices de matérialité. Mais « faire des choses pour réduire mes externalités », c’est rater la vraie question : « comment, d’ici 5 à 10 ans, avoir migré vers un modèle capable de répondre aux besoins et envies de mes clients, de manière soutenable par un monde fini » ? L’économie circulaire, réponse la plus crédible, est aux antipodes des modèles d’intermédiation massifiés : tout reste à inventer. « Faire des choses », c’est se cacher derrière son petit doigt.
Muscler la transition digitale et data… évidemment. Mais sommes-nous conscients que c’est elle, et elle seule, qui rendra économiquement viable les défis ci-dessus ? Que sans les gains de productivité, de précision, d’agilité qu’elle rend possible, c’est perdu d’avance ? Sa finalité est de rendre possible la migration vers un nouveau modèle. Rendre plus efficace le modèle actuel, c’est se cacher derrière son petit doigt.
Depuis 5 ans, le retail a été légitimement focalisé sur la réponse aux chocs exogènes (Gilets jaunes, Covid, problèmes d’approvisionnement, inflation…), et ce n’est pas fini. Le risque est donc grand que nos petits doigts échouent à nous dissimuler, tout en nous empêchant de voir ce qui vient.
Comment s’y préparer ?
En admettant avec lucidité la profondeur des changements nécessaires, y compris leur impact sur la rentabilité. Les actionnaires doivent admettre que s’ils ne dégagent pas les marges de manœuvre nécessaires (en acceptant si besoin une baisse temporaire de la rentabilité), l’entreprise ne vaut déjà plus rien.
En construisant une vision de long terme qui guide l’action à court terme. La mutation ne se fera pas en 18 mois : il faut raisonner sur du temps long… mais commencer le trajet sans attendre.
En déclinant cette vision sous forme d’un plan réaliste mais sans concessions, avec une réallocation des ressources au profit des leviers de performance de demain.
En embarquant à bord de ce projet les équipes par un gros effort d’explication, de mise sous tension… et de dédramatisation !
C’est dans les côtes que se creusent les écarts. Nous voici au pied du Tourmalet. Ça fait peur ? Un peu sans doute. Mais c’est également excitant. C’est le moment de bousculer les acquis, de mobiliser les équipes, d’inventer. Amusez-vous bien !